Bien que ne présentant pas un intérêt majeur, la course de La Cadière marque généralement le début de la saison pour le club. Pour cette édition, nous retrouvions Raymond Fattore, Bruno Terragnoli et Olivier Teppa en 1ère catégorie, Jérémy Belhassen, Jean-Pierre Rahal, Christian Gallo, Laurent Souque, Philippe Calabro, Joël dit Chewbacca, Cyprien (pour son bizutage) et moi-même en 3 ème catégorie.
Malgré la météo incertaine, de nombreux coureurs se présentaient au départ de cette course.
Comme d'habitude, je vais essayer de vous faire partager ce moment depuis mon petit cerveau torturé...
Avant cela un petit retour en arrière. Vous me direz qu'un petit retour en avant ça s'appelle "Retour vers le futur" mais bon... Ce petit retour passe par l'édition 2009. C'était ma première année de vélo.
C'était ma première compet en vélo. La faute à une tronçonneuse capricieuse, cette compet marquait mon retour sur le vélo suite à 2 mois de coupure forcée. J'étais en sur-régime du début à la fin. La cadence était bien trop élevée par rapport à mon niveau, j'ai fini dans les profondeurs du peloton.
Cette année la course a démarré pour moi 4 jours avant. A cause des caprices de la météo, je me retrouve tout avec Raymond le mercredi précédant la course. Ce dernier, en grand professionnel qu'il aurait pû être, me propose d'aller reconnaître le parcours de la course du dimanche.
Le parcours il est simple. Il le connait par coeur ce parcours le Raymond. Mais il est comme ça. Cela me rappelle mon papa qui me disait souvent : "80 % de préparation, 20 % d'improvisation"'.
En cours de reconnaissance Raymond me dit: "Tu veux faire quelque chose sur cette course?". Quelques minutes se passent avant que je ne réponde. Le temps pour moi de comprendre pourquoi il me posait cette question à moi qui suit proche du zéro sur un vélo. En bafouillant, je lui répond que j'aimerais bien faire "quelque chose" mais que je suis bien loin du compte pour espérer faire quoi que ce soit en matière de cyclisme. Bien que résigné quant à mes capacités, je l'écoute attentivement me prodiguer ses conseils. Dans le lot il me dit que soit il faut faire le départ, c'est à dire faire le trou d'entrée, soit attendre le dernier tour.
Le jour J arrive. Il est 6h30 lorsque mon réveil sonne. Là, je dois être honnête. Je n’espère qu’une chose, c’est que les météorologues ne se soient pas trompés. J’espère, en ouvrant mes volets, voir la pluie et le mistral pour avoir une bonne raison de rester à la maison. Il n’en est rien. Le ciel est bouché, ça souffle un peu, mais pas de quoi rester à la maison. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur. Je me mets un coup de pied au derrière et après quelques tentatives de négociation avec ma conscience, je me dis : « Tu es un warrior ou pas ? ».
Quelques coups de pieds au cul plus tard, je me retrouve sur la ligne de départ. Le temps pour moi de saluer tous les bleus et c’est parti ! Je ne suis pas suffisamment bien placé à mon goût sur la ligne alors je décide, sous prétexte de confier ma veste au père de Jérémy présent sur le départ, de faire un peu de cross country et de courir dans le ravin boueux pour regagner les premières places. J’y suis, ça y est ! Dans le même temps le départ est donné. Je repense à Raymond… J’attends le fameux virage du premier tour, là où il m’avait dit qu’il fallait planter la « mine ». C’est ce que je fais. Un gars me suit et nous comptons rapidement 300 m d’avance. Et là il me dit : « Tu es en « 3 », là c’est les « 2 »… Je me sens tout à coup habité d’un vaste sentiment de ridicule. Je coupe tout, j’attends que la meute des « 2 » me passe et je fais demi-tour pour aller rejoindre la ligne avec les « 3 ». Ils arrivent, je fais à nouveau demi-tour et je me retrouve en tête du peloton. Qu’à cela ne tienne ! Je repense à Raymond et je recommence. Je remets une accélération et je prends quelques distances. Personne n’ayant pris ma roue, je me retrouve tout seul. Ce n’est pas grave. Je continue. Je me retrouve dans la descente vers le village du Brûlat. Je mets le paquet, et regarde enfin derrière moi pour faire le point. C’est vite vu. Le peloton, à la faveur de cette descente, me reprend à vitesse grand V. Je stoppe l’effort, juste de quoi prendre le fameux virage à droite en tête pour ne pas risquer la chute et avoir le luxe de choisir ma trajectoire pour cette épingle difficile à négocier lorsqu’on se retrouve 40 à vouloir tourner en même temps. C’est bientôt la fin du premier tour, je comprends vite qu’il ne sera pas possible de s’échapper durablement et qu’il vaut mieux rester dans les roues…
Au milieu du 2 ème tour, Laurent en décide autrement. Il a des fourmis dans les jambes depuis le début, un gars attaque et il lui saute dans les roues. Un troisième larron les rejoint et ils comptent quelques hectomètres d’avance sur le peloton. Je me dis tout de suite que c’est une erreur de la part de lolo mais dans le doute, les quelques bleus situés aux avant-postes, tentent de temporiser à l’avant du peloton pour permettre aux trois échappés d’accroître leur avance. Ce qui devait arriver arriva, avant l’amorce du 4 ème tour, les 3 lascars sont repris et malheureusement Laurent explose. Sa course s’arrête là. Nous commençons le 4 ème tour. Je suis en tête de peloton, les jambes sont là, je suis facilement. Nous contenons aisément les tentatives d’échappée des différents coureurs. Je l’ai compris dès le premier tour. Inutile de gaspiller des forces dans des tentatives vouées à l’échec. Vouées à l’échec à cause du vent et à cause du fait qu’il faut être sacrément costaud pour résister à 50 bonhommes qui roulent à bloc pour vous revenir dessus.
Nous finissons le 4 ème tour. Tout se passe comme me l’avait décrit Raymond. Il m’a dit : »Attention de ne pas se griller avant la ligne. Dès que tu approches de la ligne ça accélère car les hormones prennent le dessus et les mecs ils veulent passer en tête pour faire bonne figure devant maman, la famille ou les amis. Tu restes tranquille et après ça ralentit ». C’est ce qui s’est passé à chaque tour. Mon seul souci était de négocier en bonne position les quelques virages dangereux du parcours. C’est ce que je me suis appliqué à faire durant les 5 tours.
Arrive le 5 ème tour. D’un naturel anxieux, je me dis que ce n’est pas possible que je sois si facile alors que la fin de course arrive et que je vais me faire manger tout cru. Cela s’agite de tous les côtés mais je suis bien en place. J’arrive à absorber les différentes attaques sans problème, je suis en bonne place avant la bataille de tranchée.
A un km de l’arrivée, je fais l’erreur d’être trop prudent en restant derrière. Je sais que l’arrivée va se faire au sprint. A l’entrainement, sur 100 sprints, Raymond m’en a gagné 99. Toujours de la même façon. Il me laisse faire l’effort et à 50 m de l’arrivée il me passe. Là je ne veux pas me faire avoir en partant trop tôt.
Chaque coup de pédale est compté. Je suis calé en 3 ème position. Je suis bien, pas essoufflé, pas mal aux jambes, la ligne est à 1 km. Malheureusement, les choses ne se passent pas comme prévu. Certains se sentent suffisamment gaillards pour lancer le sprint. Du coup, cela désorganise tout le peloton, cela part dans tous les sens, nous occupons toute la largeur de la route malgré la circulation en face et le stationnement des véhicules. J’arrive malgré tout à me frayer un chemin sur la gauche de la route. Je suis en place.
La ligne est à 400 m. Je suis dans les 10 premiers et je n’ai pas encore tout mis. Plus ça va et plus et je me dis que je suis encore en bonne place pour le podium. Cela ne dure pas longtemps. La route se resserre à cause des spectateurs et des voitures, je suis à l’extrême gauche (ça fera plaisir à Christian Lombard) et le gars devant moi freine pour finir sa course sur le bas-côté. Je relance, c’est trop tard, la ligne est là. Je lève la tête et je passe la ligne avec un groupe d’une dizaine de coureurs.
Je suis content ? Oui ! L’an dernier j’ai fini à l’agonie en queue de peloton.
Je suis déçu ? Ben oui ! Forcément. Je suis en bonne position pour le final et je ne finis que dans les 10 èmes. Par manque d’expérience je me suis fais enfermé.
Conclusion : La saison est lancée ! Quel plaisir de retrouver les potes sur la ligne de départ ou d’arrivée. Rendez-vous à Pourrières.
Ps : Merci à Didier d’être venu nous supporter !